Mardi 9 mars 2010 à 0:16

tu es seul
au loin tu entends chanter les oiseaux de nuit
dont les cris résonnent en toi comme un lent souvenir
le ciel noir, la faible lueur de ta veilleuse, ne t'impressionnent plus,
rien n'est plus vide
que le continuel plain-chant de ton cœur,
tambour battant,
hurlant en silence, comme un visage noyé.
pourtant mille oracles t'ont prédit la perte derrière laquelle, obstinément,
tu cours,
grattant ta cervelle comme les chiens ou les porcs
grattent la glèbe.
aussi fautif et déplacé,
tu deviens seul.

[ 0 ]

Samedi 27 février 2010 à 11:36

Je ne sais plus où je suis vraiment. Paris ? Une ville sans aucun doute, une ville. Il y a tant de monde autour de moi, et je suis autour de tant de monde. L'euphorie est incroyable; née de l'alcool, elle parcourt un à un tous les convives, de pièce en pièce, le long de l'appartement. Les sourires s'illuminent et les mains osent désormais se poser sur des hanches bien choisies, car la lumière s'obscurcit et cette musique folle, qui doucement emplit mes oreilles, semble l'obscurcir encore. Que fais-je ici ? Aveugle, au milieu des nues, des crinières blondes, des sourires figés désespérant, au sein du désir luxuriant, de cette odeur de stupre dégagé par chaque chemise entr'ouverte, chaque aisselle semble dire prenez-moi. Je vois tout à travers ton portrait, pellicule devant mes pauvres yeux, comme un filet de conscience pendant mon ivresse idiote. Je ne fais rien, je regarde, à travers toi, ces gens que je ne connais pas se déhancher dans la lumière bleue. On me ressert, et il me semble rencontrer le goût de tes lèvres sur chaque verre qui se porte aux miennes.

    Séraphine m'a rejoint, sur le bord de la piste de danse improvisée, une large nappe de sueur recouvre ses seins comme un lin éclatant, son décolleté s'est assombri. Sexuelle, elle m'attrape par la manche, se colle légèrement à moi et approchant ses lèvres de mes oreilles, les touchant presque, me dit : « Viens. » Mais je ne viens pas. Tu me retiens là, ou alors je me retiens. Ou alors, rien n'existe vraiment pour moi. Elle me tire avec plus d'insistance, se mord les lèvres très près de mon visage, ses yeux bleus plongés dans les miens. Elle est saoule. Puis, soudain, elle comprend le vide dont je suis plein et s'éloigne, avec une expression mêlant une tristesse et un regret immenses. Je suis revenu à Paris cet après-midi, et depuis, tous sont tristes à ma place. Je ne suis pas rentré chez moi. Je ne sais pas si j'y reviendrai un jour. Peut-être que demain je vivrai ailleurs, et autrement. Comme au fond de la Seine. Peu importe. Pourquoi revenir ? Je profite de cette ivresse et de ce combat que je gagne. Une jeune femme oscille devant moi, elle tend un bras, me pointe du doigt en se déhanchant, elle remue la tête, en secouant d'une main ses cheveux, elle fronce les sourcils, avance les lèvres. La musique me fait chier. Je fais volte-face et marche vers une porte-fenêtre ouverte sur un balcon. Alphonse discute, un verre à la main, avec Jacques, tous deux en chemises blanches, exactement les mêmes, achetées au même endroit, à St Germain. Ils en sont très contents, car même un peu déboutonnées, le col reste très professionnel. Alphonse me sourit, mais un peu tristement, me prend par le bras et me demande si tout va bien. Je ne réponds pas. Il y a une vue très sympathique. Depuis cet appartement, situé rue du Calvaire, sur la Butte, on voit à peu près tout Paris. De nuit, je me crois bercé dans un océan d'or. La Tour Eiffel clignote. Les monuments éclairés. Des milliers de rues. Tout ce que j'ai laissé derrière moi. Bien plus loin, juste à droite du centre Pompidou que je discerne à peine, sur la place Du Bellay, rue des Innocents, mon appartement, mon bel appartement rouge, notre appartement, Amour, que j'imagine allumé, que je vois de si loin, avec une des fenêtres du salon ouverte, et tu es sur le repli intérieur, assise, à me regarder. Je reçois une claque dans le dos, une claque d'encouragement. C'est un ami, une vieille connaissance. Un type des beaux-arts qui est devenu stucateur. Je crois que je connais tout le monde, finalement. Mais je n'arrive pas à poser de noms sur ces visages souriants et qui semblent n'être voués qu'à mon bonheur. Je demande à Alphonse si c'est pour moi, tout ça, toute cette histoire, cette fête. Je ne me souviens pas trop. Je suis ivre, comateux. « On fête ton retour, Nov. On veut que tu sois bien parmi nous. » D'accord. « Nous sommes là pour toi » ajoute Jacques avec un demi-sourire. Je regarde depuis le balcon, l'intérieur de l'appartement. Ils sont là pour moi. Ils dansent pour moi, se déhanchent pour moi, dégagent la pire odeur de sexe, de luxure, pour moi, par amour pour moi, ils se frôlent sur une musique dégueulasse, les mains touchent les cuisses, remontent vers le ventre, parfois se risquent à presser la poitrine, mais toujours, les bassins se touchent, s'appuient l'un contre l'autre dans leurs danses continuelles. C'est devenu ça l'amour. A cause de mon absence, n'est-ce pas ? Je ne reconnaissais pas la musique. Puis tout d'un coup les Doors sont passés : Five To One. J'aime bien les Doors. Mais eux n'ont aucun respect, c'est juste une dose de plus pour le racolage. Merde. Je traverse en hâte la pièce où l'on danse et cherche la sortie.

    Je suis enfin dehors, les escaliers se bousculent sous mes pieds, l'air frais, la vitesse, ça me fait pleurer. Je cours, je cours, bientôt par la rue des Martyrs, puis par une rue que je ne connais pas, longtemps, longtemps, peut-être une demi-heure, je cours. Je sue énormément, je halète. Je m'arrête un instant, me retourne. Je suis loin, déjà. Un panneau indique rue Cambon. Je n'aperçois plus l'immeuble dont je suis sorti il y a maintenant quelque temps. Je m'allume une cigarette puis me remets à courir tout en fumant. Bientôt, la Seine se dévoile et mon premier refuge est un pont. Je me love contre sa voûte et me sens protégé. Les yeux clos, j'attends que mon ivresse passe. Finalement j'ouvre un instant les yeux. Juste à ma droite, il y a un rat mort. A un mètre tout au plus. Il est couché sur le dos, la bouche décrivant comme un Y inversé, les yeux clos, il dort, calme et heureux, pour toujours. « Irraisonné, idiot, imbécile, alors tu ne veux pas mourir par noyade ? Tu feras ce qu'on te dira, les rats meurent vers trois ans et tu vas me faire croire que tu en as dix huit ? La majorité, oui, c'est dix huit ans. Même chez les rats. Et puis c'est moi qui décide. Alors tu ne veux pas te noyer ? Vraiment ? Tu as peur de l'eau. Comment tu ferais s'il y avait un joueur de flûte enchantée ? Pas d'hésitations ! On coule ! On coule ! » Je décide de lui fabriquer un bateau pour lui faire visiter Paris depuis la Seine, et quand le temps viendrait, son cortège funéraire chavirerait et mon ami sombrerait en héros, jusqu'à ce que son petit museau rencontre le fond sablonneux du fleuve. Un bout de verre me permet de découper une canette vide. J'en ôte le chapeau d'aluminium. C'est comme une canette en somme, mais sans couvercle. Un verre en somme. Mais en aluminium. Je répète cette opération sur une bouteille en plastique que je sépare de son fond. Puis je dépose le rat mon ami, à l'aide de deux bâtons, au fond de la canette. Une de ses pattes dépasse à l'extérieur. Il est assis. J'emboîte le haut de la bouteille en plastique avec le bas de la canette. Mon rat est dans sa petite fusée hermétique. Dans son Nautilus. Comme la bouteille est transparente il pourra même observer les poissons. Je vais m'assoir sur le bord du quai avec le rat dans son navire. Un instant, je le laisse flotter sur l'eau tout en le maintenant d'une main. Puis lorsque le rat me fait signe, je laisse le navire partir et le regarde s'éloigner. Jusqu'à ce qu'il disparaisse, dans l'ombre d'un second pont, puis ailleurs, quelque part bien plus loin. J'ai la certitude d'avoir rendu mon ami heureux, et je me sens plus heureux à mon tour. Je pense à toi. Comme je serais heureux de te retrouver plus vite. Mais j'aime le fait de ne pas abréger de façon si peu courtoise cette soirée qui va me lier à toi pour toujours. Un homme s'approche en titubant.

    Je me réveille et le soleil frappe sur mes paupières. Sur ma gauche, un vieillard en fripes dort bruyamment. Je crois que j'ai manqué le train. Mes vêtements puent le vin. C'est une journée ensoleillée qui se lève sur Paris et il n'y a pas de nuages. J'ai raté ma propre mort. Je ne me souviens de rien. J'ai sans doute bu dans le vin de cet homme. Et puis je me serais endormi... Je remonte les quais jusqu'à l'escalier le plus proche. J'arrive vers la mairie. Il est peut-être temps de rentrer maintenant. Une envie irrésistible de voir une dernière fois notre appartement me prend. De renifler tes vieux habits, de me parfumer avec ton eau, me maquiller avec tes crayons. Revoir Wok une dernière fois. Lui mettre assez à manger pour quelques jours. Je remonte Sébastopol. A la rue Berger, je tourne à gauche. La fontaine des Innocents se dresse devant moi. Il y a une pizzeria qui me semble nouvelle, une connerie à souvenirs, mon café favori, puis un Macdonald qui entourent la place. Sur la rue des innocents, il y a un immeuble qui repose en partie sur des arches. Quatre étages au-dessus de ces arches, mon appartement trône et regarde Paris d'un oeil impassible. Je monte.

[ 7 ]

Mercredi 13 janvier 2010 à 23:21



Jazz :
Prelude + fugue;
piano / contrebasse

[ 1 ]

Lundi 11 janvier 2010 à 21:50

http://novembre.cowblog.fr/images/P1010279-copie-1.jpg

je suis tapis dans l'ombre
guettant
l'éphémère disparité de tes seins

mon amour vient comme l'eau
poser mes lèvres
sur tes extrémités
 

Samedi 9 janvier 2010 à 21:26

C'était une journée comme les autres, à ceci près que soufflait sur la pinède un vent particulièrement fort, qui en s'engouffrant au coeur des branches touffues des pins, émettait continuellement le bruit léger du crépitement d'un feu. Pourtant, les vitres de la grande maison étaient encore chaudes, et celles du salon et de la véranda se couvraient lentement d'une fine pellicule de sable. Le sirocco déambulait dans la pinède comme un amant désespéré, il se jetait de tout son long du haut de la falaise, courait, depuis la plage sauvage, dans les lotissements déserts, faisait claquer des volets cassés. Le soleil, comme une bonne étoile, veillait sur le vent, répandant sa majesté d'un seul rayon sur toute la colline, et un peu plus loin, à l'Ouest, la montagne Sainte Victoire étincelait comme un fumigène blanc, au milieu du ciel bleu et du maquis. La mer était vide et s'agitait, seuls quelques planchistes filaient comme des mouettes du port jusqu'à l'île des Embiez.

    Au loin, un orage éclatait sur la Ciotat. Depuis la terrasse, on pouvait en voir la pluie, cette masse grise qui semblait évoluer lentement vers la ville, mue en elle-même par la chute de ses gouttes, comme ces tableaux de cascades dans les restaurants chinois. Dans le fond du jardin, entre les trois plus grands pins, s'ébattaient colombes et tourterelles, grives et pigeons, et sur leurs branches centenaires courraient, habiles, de petits écureuils au pelage flamboyant. Les rosiers se balançaient dans la folie du vent, de droite à gauche, quelques pétales morts tourbillonnaient à travers le jardin et certains venaient se poser dans le petit bassin, où aussitôt les carpes multicolores ouvraient un oeil calme et profond. Sur la colline en face, on voit un filet de fumée qui lentement s'étoffe et bientôt un hélicoptère vient survoler la zone, puis repart. Peu après, la fumée a disparu.

    En fin d'après-midi, le vent s'est calmé et pourtant l'île des Embiez et la presqu'île du Gaou ont disparu derrière les brumes. L'orage se rapproche, un de ces orages oranges de l'été, éblouissants et brûlants, diluviens et secs, capricieux et puissants. A l'intérieur, Lucia souffle sur un des carreaux de la fenêtre du salon, et l'air qui s'échappe de sa bouche vient se fixer quelques secondes sur la vitre, puis disparait. Elle soupire, se retourne et regarde ses parents, endormis sur leurs fauteuils respectifs. Rose arrive de la cuisine et se poste à côté d'elle. Ensemble, elles regardent l'orage approcher des collines environnantes. Lucia a beaucoup changé en six ans. Lorsque Rose a quitté la maison, ce n'était qu'une enfant, de tout au plus douze ou treize ans, une petite rouquine, avec ses deux couettes d'un côté et de l'autre du crâne, ses tâches de rousseurs assez indiscrètes, ses lèvres un peu violacées et ses jambes trop maigres. Aujourd'hui, elle se tient à côté de Rose, superbe et animale, dans sa posture fière de lionne, sa crinière pétillante repose sur ses épaules fines, et ses yeux verts scrutent l'horizon irrégulier de la baie.

    Rose regarde la mer. Elle semble voir dans chaque vague, qu'elle ne distingue qu'approximativement, le regard triste et calme de Novembre. Il lui sourit, dans chaque molécule de cette eau salée, il est plein d'eaux, d'algues, de poissons et de sous-marins et pour un instant, elle croit que c'est vrai. Il n'est pas mort noyé, et elle ne le sait pas. Il a pourtant essayé, et elle ne le sait pas non plus. Elle ne sait rien. Ses petites lèvres s'entrouvrent et son souffle vient se coller dans une buée discrète sur la vitre, à côté du souffle de Lucia. Rien ne sait aussi bien crier la tristesse de ce monde que ces journées d'été où le vent semble provoquer chez chacun une irrémédiable immobilité. Les arbres s'ébattent, et seuls les yeux sont encore capables de les suivre. L'amour a porté des milliers de malheurs, des milliers de pleurs, d'orages désespérés, et nombreux sont les morts qui en sont résultés, nombreux sont ceux qui gisent avec encore dans le coeur, le souffle langoureux d'une braise que l'espoir et le désespoir auront tour à tour attisé. Rose, elle, s'en foutait. Elle ne ressentait ni l'espoir, ni son contraire. Elle savait qu'elle le retrouverait un jour, son Novembre, son spécial, son original. Ce serait dans le réel, un beau soir à Paris, elle reviendrait, avec les cheveux à peine repoussés, et la tête libérée de sa tumeur, elle se laisserait saisir, à vif, par l'effroyable chaleur de ses baisers. En attendant, elle resterait le temps qu'il faut chez ses parents, à Six-Fours, le temps de se soigner. La chimiothérapie avait commencé en mars, après une opération où les meilleurs praticiens de l'Hôpital de Marseille avaient réussi à lui dégager un quart de sa tumeur. Sans cela, on ne lui donnait plus qu'un ou deux mois à vivre, et même après avoir quitté Paris, elle avait encore hésité. L'important était de couper Novembre de l'horreur, de la vue de sa fatigue, de son crâne échevelé. A partir de mars, et jusqu'à mi-juillet, sa tumeur avait diminué de deux tiers. Le dernier tiers serait le plus dur, et on avait décidé de redoubler le traitement. Seulement, Rose présentait un cas exceptionnel. Dans son cerveau la tumeur était tellement avancée avant son opération, que sa chimiothérapie n'était censée que l'empêcher de proliférer davantage. Ce qui aurait déjà été une forme d'exploit. A présent, comme un alcool, elle disparaissait en s'évaporant.

[ 6 ]

Lundi 28 décembre 2009 à 3:05

Ami,

Voilà bien des mois que je ne t'ai plus appelé, et tu sais à quel point tout a changé depuis ce silence qu'on s'est imposé un jour. C'est comme si, à nouveau nés, nous avions pris des chemins différents. Maintenant mon corps abrite mille éternels sourires, et mes yeux, ailleurs et autrefois vides, même à moi, me semblent emplis. Quand il s'agissait de faire battre mon cœur, comme j'étais faible! Sais-tu comme aujourd'hui je ne le contrôle plus ? L'amour, c'est simplement le regarder respirer, régulier et puissant, pourtant, il a des soubresauts de passion, qui m'emportent et me dépassent, me collent à cet être éclatant que j'aime de jour en jour. Adieu, nos pas éphémères et fragiles; là où la folie nous menait, aujourd'hui je dors. Tout ce que nous avions vécu, et que comme un mensonge, j'ai caché si loin, tout cela me paraît encore tout proche. Pourtant j'ai la certitude que tu me laisses libre, quelque part, malgré l'ombre de ta mort qui suit mon âme et nous rassemble à jamais, tous les trois, ce que tu aurais voulu voir pour toujours, sur le chemin las de la vie que tu menais. Je me sens, quelque part, ailleurs, libre de toi. Et aussi loin que ma mémoire me permet d'aller, je ne me souviens pas.

Le silence m'aura bien accompagné quelques temps. Il m'a fallu, muet, m'accoutumer à ton corps pourrissant à quelques kilomètres du mien, encore au-dessus de la glèbe dégueulasse du cimetière de Grammont. Ou alors tu es brûlé, quelque part en fumée, dans les poumons de quelqu'un, bien loin de moi. Je ne me souviens plus et je n'ose plus appeler ton frère, par honte. Quelle importance ? Attendais-tu de moi que je me souvienne où tu disparais ? Tu me connaissais trop pour cela. Ce qui t'importait, c'était de nous réunir. Je ne peux m'empêcher de penser que tu as échoué quelque part. Ton souvenir et mon remord se heurtent en vain à l'amour que je porte aujourd'hui, ils ne veulent plus rien dire, ils sont muets, à la moindre pensée que mon esprit dirige vers Elle. Alors, ce soir, comme je suis seul, tu viens me faire écrire cette lettre et déjà, je me remémore cette dernière soirée, où nous avions couru ces rues, depuis les beaux arts, jusqu'au Corum et après les marches, bien loin, quand on pouvait encore fumer dans le café Rebuffy. Je me souviens de ces carnets, ces paquets de pages que tu aurais du brûler pour ne pas nous détruire. Depuis ta mort, je me suis toujours demandé à quel point ta haine avait pu te rendre aveugle. Le simple souvenir du compte à rebours vers ton suicide, sur la dernière page, suffit à me rendre la mémoire. Bonne nuit.

[ 3 ]

Samedi 26 décembre 2009 à 20:31

http://novembre.cowblog.fr/images/IMG0181.jpg
j'enlace par ma langue, ton sein à l'œil d'oiseau
l'Amour vient dans nos draps frais
et y reste si longtemps, qu'on ne voit pas l'heure du lever, passer sur nous
frêle et lente comme un silence avorté.

Comme je t'aime.

[ 3 ]

Samedi 26 décembre 2009 à 0:09

Elle allume la lanterne quand le jour ne se lève, fatiguée, elle observe, grandir dans son cœur l'amour d'un nuage. Il n'y a rien dans mes ongles dont elle puisse se nourrir. Plus que tout, il y a, sous ces cascades, mes veines qui s'écoulent, en riant de bonheur; et les poissons drôles, s'emplissent les poumons, de ce nouvel air. Bien loin, de nous, l'horreur, le fracas. Tout au bout du moi, il y avait l'enfant, devant la mer, derrière la vitre, derrière ses yeux, elle peut voir bien plus loin. J'ai aimé, longtemps, courir les nuits, le long des foules, le long des orgues. Mais les moitiés ne peuvent dire, que ce que voit leur cœur. Longtemps, nous aimions courir la musique, tout le long, de sa peau. Aime moi à voir, les nuages s'emplir. Et je peux voir où nous vivions. Tout s'est enfui vers la mer, bien trop loin, pour mes pas. Volons, puisque le sol nous tient. Comme les gens ne savent écouter, nous irons nous moquer d'eux, et l'argent tombera seul entre nos doigts graisseux. C'est par là qu'il s'agit de partir. C'est à la fin. C'est à la fin qu'on doit le début, c'est ainsi de vivre en marche arrière. Les hommes en avance rapide, je, en roulade arrière. C'est rire comme des clowns, ne comprendre que les animaux. Mais les moitiés ne peuvent dire, que ce que voit leur cœur, et il me semble, que la vérité ne saura jamais me dire pourquoi je suis jaloux. Le temps s'y collera. Si c'était aussi simple. J'aimerais tant te dire à quel point j'ai aimé cette pluie. Tu vois, elle est comme ça, je l'aime. Au loin, il y avait ton vide, et si près de nous, autant de paroles que de silences. Si loin dans cette nuit, il y avait ton vide, l'arrêt de ton sang. Et c'est le mien, qui sous ces cascades, s'écoule en riant. Mais si tu voyais encore, à quel point elle est belle, je sais aussi bien, comme tu l'aurais aimée. Si la vie n'avait choisi notre mort, et la tienne. Elle tient bon, toute la nuit, jusqu'au jour. Chacun sait comme on aimerait, trouver un peu de lumière. Mais tu ne connais que trop bien le paysage, et tes chances de revivre ne sont qu'exiguës. Il ne me restait que cela à dire. Comme je t'ai oublié, mon ami, comme j'ai mal quand mes vies se mélangent. Qui a appris à vivre ainsi en moi ? Au bout de nous, il y a elle et moi, cela fonctionne ainsi, quand on s'ignore, il ne reste plus que le triangle. On nous regarde bien trop. Elle me dit si peu de choses quand je l'étouffe...

[ 1 ]

Dimanche 2 août 2009 à 22:11

griser
la nuit
plus qu'il n'en faut pour voir courir le jour
sur le long fil de ta vie
martyre de nuit
pauvre nuit pauvre lune
trop courtes, trop courtes
courtes comme une existence

la nuit pleure
le long des étages
et des toits de suie

pauvre pute amoureuse
la nuit, qui offre aux mots
la force de s'écrire
aux âmes mortes
la force de décrire les vivants
comme on voit un pays inconnu
la nuit nous offre tout;
nous la laissons mourir d'ennui,
nous l'entretenons comme des braises chaudes
on souffle dessus et on s'en fout,
c'est dans l'ordre des choses

les jours seront meilleurs, c'est ce qu'on dit souvent
et les nuits pâlissent de tristesse, perdent leurs beaux cheveux noirs
et leurs yeux blancs, et leurs bras longs et doux
tout cela devient de la cendre
et se perd dans l'air
que l'on respire allègrement
comme on hume l'aurore.

femmes et hommes
tributaires de la nuit
jusque dans leur sommeil
et l'orage qui précède
quand les sexes se mêlent
la nuit ne gagne rien
et joue
encore et encore
à gagner notre mort
en nous donnant la vie

parlons de ces voiles
que nos yeux rendent pourpres et qui cachent
ces étoiles
nées pour qu'on les détrousse
alors nous sommes aveugles
on essaie de voir à travers nos mains trouées
rien n'est plus improbable
rien n'est plus ridicule
que de regarder ce jour
sans penser à la nuit
pantins de brume
guidés par les pas
des étoiles sur la lune

au delà des rues des poètes se perdent
et mendient les pauvres âmes
qui jonchent le ciel

on laisse faire
car on dort
rien n'est meilleur que le sommeil pour nous
pauvres parmi les pauvres
pauvres et vides comme l'univers
où se couche la nuit
tout le jour durant

c'est qu'elle daigne nous offrir son corps
pour quelques heures
baisons la, c'est humain
elle nous offre son 1h36
ses 2h19 et 45,
elle prend la Terre entre ses jambes
et nous laisse regarder au fond
et parfois y trainer une main
le sexe vertueux

il me reste un peu moins d'une heure
pour la couvrir de baisers
je la laisse trainer dans ma tête
je lui dirai je t'aime, belle nuit
reviens demain, sois à l'heure
n'oublie pas tes bas
n'oublie pas tes talons
n'oublie pas ton collier d'orgasmes
et tes beaux yeux

tu l'embrasses sur la pointe des pieds
et tu t'endors sur ta bicyclette en allant vers ton lit
comme tout le monde
à dix heures pour les malheureux
à l'aube pour ceux qui aiment
la jouissance et l'excès
portés à leur climax

la nuit est resplendissante, quand elle se tire
il faut la voir
laisser traîner son châle rose, miteux, crasseux
mais parfumé
juste aux narines du soleil
indifférent et plus éphémère.

y'a-t-il autre chose pour se couvrir
que la couverture qu'on tire ?

une pluie
c'est beau à voir de loin
ou en dessous, la bouche ouverte
pour glaner
quelques larmes ! comme
c'est beau la nuit qui pleure
qui pleure comme, on vient pour la battre
l'attacher au lit
lui crier salope
complètement ivre
du stupre qu'elle nous dépose au creux de la langue
comme c'est beau la nuit luxuriante
le luxe de la luxure,
qui d'autre peut aussi bien nous l'offrir ?
elle le cherche bien.

chaque matin, une seconde avant le réveil,
juste une seconde, jamais plus,
l'homme se donne des impressions
et pleure sur une fausse tombe, -
à Montmartre -,
dont l'épigramme est illisible
comme certains cris sont inaudibles, puis
il repart, heureux. le soir il retrouve la même putain
persuadé qu'elle est une autre.
quelque chose de nouveau; la voir différemment
c'est lui faire un peu plus mal,
malgré son fard à paupières habituel
que personne ne remarquera jamais

une fois que j'en ai fini avec elle
elle est trainée par les anges, gracieusement
et elle crie, prenez-moi, en Australie
ou à l'autre bout du monde,
mais personne là-bas ni ailleurs
n'est plus attentif qu'ici.

on est bien rares à l'honorer avec respect;
puis on finit toujours par la jeter
on souffle dessus comme des miettes d'amour,
déçus après le coït. ça rend malade
c'est une cirrhose dont on se fout pas mal.
on se fait circoncire
comme on coupe les cigares
sans le savoir
ça part en fumée
dans la nuit qui nous inhale, puis exaltée
nous recrache, vides, jusqu'à ce que son cancer nous emporte.

[ 7 ]

Dimanche 19 juillet 2009 à 13:12

Un banc, sur une aire d'autoroute, au milieu d'un océan. Le soleil se lève à l'horizon. Des voitures et des camions garées. Le héros est assis sur le banc, son chat dort dans ses bras. Le chat se réveille.

WOK – (Il baille, puis écarquille les yeux).
Serions-nous par hasard, revenus sur nos pas ?
Ces flots arborent un calme qui rappelle le trépas.
Pas de sable, ni de plage... Une aire autoroutière !

NOVEMBRE -
L'Atlantique est devant, la terre ferme est derrière !
Bienvenue sur le bras, de fer et de ciment,
Qui passant sur les flots, relie deux continents;
De Biarritz à New-York, cette route est le pont,
J'ai roulé jusqu'à l'aube, dont nous voyons le front.

WOK -
Sommes-nous loin des côtes ? ...

NOVEMBRE -
                    … A trente kilomètres.
J'ai conduit toute la nuit, le jour veut bien paraître :
Je cherche le repos, là où tu te réveilles.

WOK -
Je quitte un songe doux, et ces flots m'émerveillent !
Mais que venons nous faire, en de pareils lieux ?
N'y a-t-il point en toi un projet malicieux ?
Voudrais-tu vivre enfin, en quittant notre France ?
Et laisser derrière toi un monde où tout t'offense ?

NOVEMBRE -
Je ne veux rien du tout,  je ne sais trop quoi faire,
Poursuivre jusqu'au bout, revenir en arrière,
La nuit ne fut que Rose, mon âme en a bouilli,
J'ai suivi les panneaux, qui menaient jusqu'ici,
Roulant sans m'arrêter, un éperdu routier,
J'ai écrit sur la route, les cris les plus muets,
Car tu dormais; comme un enfant, mon chat.

Le futur avait en effet doté le monde d'une autoroute transatlantique, permettant à tous les européens de se rendre en Amérique avec leur petite voiture et leurs enfants dedans. La route étant dépourvue de péages, il n'y en avait que pour les frais d'essence : 5700km à parcourir. La construction de cet immense pont avait duré près de dix ans. Il était assez haut pour permettre le passage de bateaux de taille moyenne; les gros paquebots ou les cargos devaient se rendre à des points de passages où le pont se levait, situés tous les dix kilomètres de route. Cela ne gênait pas trop le commerce maritime, étant donné que les principaux échanges se faisaient entre les Etats-Unis et l'Europe, ou le Japon. Les rares bateaux traversant donc la voie étaient souvent des pétroliers venant faire le plein en Afrique. Mais il avait aussi fallu prévoir bon nombre d'aires de repos ou de ravitaillement : il y en avait en tout, aller-retour, 410, soit une tous les vingt kilomètres.
Novembre se décida à prendre une chambre dans le motel de l'aire. Le soir, alors qu'ils mangeaient un sandwich en regardant le soleil se coucher, Wok le convainquit de poursuivre leur voyage. En conduisant quatre heures par jour, ils arrivèrent à New-York au bout de deux semaines.

[ 7 ]

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